Prix Intelligence environnementale Agri/AgroThierry Benvegnu

L’ENSCR et SurfactGreen amplifient leur collaboration en matière de chimie verte 


SurfactGreen est sortie des laboratoires de l’École nationale supérieure de chimie de Rennes en 2016. Les liens sont aujourd’hui toujours aussi forts entre les deux organisations qui collaborent sur plusieurs projets de recherche portant sur les tensioactifs biosourcés et biodégradables.

Pour un œil non averti, les différents laboratoires de l’École nationale supérieure de chimie de Rennes (ENSCR) se ressemblent tous. Certains sont pourtant occupés par des entreprises émanant des recherches universitaires de l’école. Depuis sa création, la société SurfactGreen héberge ainsi ses laborantins au 11 de l’allée de Beaulieu, au cœur du campus scientifique rennais. En collaboration avec l’équipe Chimie Organique et Interfaces (CORINT) de l’Institut des sciences chimiques de Rennes, leur travail est de produire des tensioactifs biosourcés. Un sujet porteur qui est soutenu par deux projets France Relance et un projet opéré par l’ADEME dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir plan « France 2030 ».

« C’est ce que l’on appelle de la chimie verte », explique Thierry Benvegnu, Professeur des universités à l’ENSCR, membre de l’équipe CORINT et cofondateur de l’entreprise SurfactGreen. Ce dernier décrit « une chimie qui n’utilise que des matières premières végétales ou marines, qui n’utilise pas de solvant polluant et qui ne produit aucun autre déchet que de l’eau ». La seule ressource nécessaire est l’énergie permettant d’amener les réactions à la bonne température.

Cette chimie est une pierre angulaire de la lutte contre le dérèglement climatique. Le pétrole est partout, dans les bitumes, dans les plastiques et même dans nos shampoings. « Plus de 50% des produits manufacturés contiennent des tensioactifs, des molécules capables de lier des milieux qui se repoussent l’un l’autre, comme l’eau et l’huile ou l’eau et l’air par exemple, dans les mousses ou les émulsions », rappelle Thierry Benvegnu. Le problème, c’est que ces tensioactifs sont très généralement issus du pétrole et que les alternatives écoresponsables sont presque inexistantes.

Crédits photos : Alexis Chézière

Apprendre à conjuguer recherche et marché

Le chercheur continue son exposé, inarrêtable sur un sujet lui tenant à cœur. « À l’ENSCR, nous travaillons depuis plus de 15 ans à trouver des substituts aux tensioactifs pétrosourcés. C’est compliqué, car il faut être compatible avec le marché. » Pour les remplacer, il faut faire mieux, avec de nouvelles propriétés, ou atteindre le même résultat à un prix voisin.

Petit à petit, des tensioactifs capables d’être utilisés sont identifiés par les chimistes rennais, par exemple à partir d’un résidu de la betterave à sucre. Des partenariats sont signés, des brevets sont déposés et, en 2011, une Business Unit est créée au sein de l’ENSCR. En 2016, une haute marche est franchie et une véritable entreprise est créée : SurfactGreen. « Quand les industriels viennent une fois, deux fois, trois fois, on commence à se dire qu’il y a un vrai marché », se souvient Thierry Benvegnu. « Mais c’est un monde que je connaissais peu et que je voulais découvrir tout en restant enseignant-chercheur. Pour concrétiser ce projet, j’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres. »

Le chercheur se met à la recherche de partenaires financiers et d’un porteur de projet, avec l’accompagnement de Bretagne Valorisation puis de la SATT Ouest Valorisation, tout en choisissant de rester présent dans l’entreprise en devenir. Il bénéficie depuis 2017 du statut de « concours scientifique », qui lui permet de conseiller l’entreprise durant 20% de son temps. SurfactGreen, elle, continue de grandir et emploie aujourd’hui 15 permanents. Elle vient de recevoir la médaille du prix Pierre Potier 2022 pour son nouveau tensioactif cationique 100 % d’origine naturelle, non toxique et permettant une cosmétique moderne et plus verte.

Quel accompagnement de la part de la SATT Ouest Valorisation ?

« Le projet est accompagné depuis 2001 par l’École nationale supérieure de chimie de Rennes puis à partir de 2006 par Bretagne Valorisation. Nous avons également bénéficié des soutiens en maturation de Rennes Métropole et du Conseil Régional de Bretagne, ainsi que de fonds européens. À partir de 2012, la SATT Ouest Valorisation a pris le relais notamment en s’occupant du dépôt des nouveaux brevets. Elle a financé une étude de marché qui a contribué à convaincre le porteur de projet, puis les investisseurs. Elle a également eu un rôle clef dans la levée de fond et le transfert de technologie des brevets et de la marque internationale. Enfin, elle assure par ailleurs la gestion de nos contrats de recherche. »

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