Prix TransitionPascal Besnard

L’Institut Foton et Syrlinks déploient la photonique dans l’espace 


La photonique française a été récompensée cette année par un nouveau prix Nobel. Cette « électronique des photons » cherche aussi se confronter aux conditions de l’Espace. En Bretagne, l’Institut Foton et l’entreprise Syrlinks développent les architectures qui permettent d’intégrer la photonique dans les satellites.

« Quand j’ai présenté mon habilitation à diriger des recherches, dans mon jury, il y avait un ingénieur en chef de France Télécom, un d’Alcatel, Jean Jerphagnon, et Alain Aspect, le prix Nobel de physique de cette année, distingué pour ses travaux sur l’intrication des photons. Cela montre bien que le domaine de la photonique est à la fois une science, une technologie et un marché. » Aujourd’hui encore, Pascal Besnard, professeur des universités à l’École nationale supérieure des sciences appliquées et de technologie (ENSSAT / Université de Rennes 1) et directeur adjoint de l’Institut Foton, nage à l’interface entre le monde académique et ses applications les plus immédiates. Dans son laboratoire de Lannion, lui, l’équipe et deux plateformes de recherche distillent la photonique dans tous les secteurs d’activité, généralement sur Terre mais aussi dans l’Espace.

« La photonique se retrouve partout », continue le chercheur. « C’est la science du XXIe siècle au même titre que l’électronique était celle du XXe siècle. » Il s’agit en effet d’une technologie clef. C’est le passage de l’information transmise par des électrons vers celle apportée par des photons. La fin des interrupteurs « ouverts/fermés », les fameux 0 et 1 du numérique, vers l’utilisation de modulations complexes d’ondes lumineuses capables de porter plusieurs valeurs.

Pascal Besnard continue de contextualiser ce secteur qu’il côtoie depuis sa thèse, en 1991. « Il y a une course mondiale sur la photonique. C’est un secteur qui gagne 5 % de chiffre d’affaires chaque année. Pourtant en France, les entreprises dans le domaine de la photonique font majoritairement moins de 50 salariés et ont moins de dix ans. »

Crédits photos : Alexis Chézière

Un partage de connaissances

Et l’Espace ? Quel rapport entre un laboratoire spécialisé dans la photonique, et plus précisément les transmissions optiques, et les satellites ? Pour comprendre, il faut d’abord s’attarder sur l’entreprise Syrlinks. Elle fabrique des équipements de radiocommunication pour les satellites de petites tailles, des « cubesat » ou « nanosatellites ». Des objets de moins d’un décimètre cube qui sont envoyés en escadrille en orbite terrestre basse, juste au-dessus de la Station spatiale internationale.

Pour fabriquer ces équipements, Syrlinks a une expertise en électronique rapide, adaptée aux contraintes du spatial. Mais cela ne suffira peut-être pas demain et, avec un partenariat et le financement à 100 % d’une thèse au sein de l’Institut, Syrlinks déploie des moyens pour accueillir une nouvelle technologie. Au final, l’entreprise a trois objectifs pour la photonique : améliorer les débits d’information sur le satellite, communiquer par onde lumineuse entre appareils de la même escadrille et faire le lien entre les satellites et la Terre.

Au laboratoire aussi, il faut s’adapter. Ce travail spatial n’est pas commun pour les chercheurs de l’Institut Foton. « Il y a de nombreuses contraintes », indique Pascal Besnard. « Le poids, le respect des conditions spatiales, les contraintes de puissance… Cela demande de l’originalité. » Comme si Mac Gyver cherchait à trouver une solution à partir d’objets inhabituels ? « Je dirais plutôt que Syrlinks et nous, nous sommes comme deux brigades de cuisines, l’une de cuisine japonaise et l’autre de cuisine française, qui se rencontrent et préparent un plat ensemble. Chacun connaît ses recettes et sait ce qui est possible de faire ou de ne pas faire, tout en respectant l’expertise de l’autre. La discussion permet de trouver le meilleur compromis. » L’ambiance silencieuse du laboratoire est loin du coup de feu d’un restaurant mais, une fois le projet commun terminé, il est vrai que chaque participant repart avec des connaissances en plus. Un regard neuf qui permettra au laboratoire d’accompagner davantage de projets spatiaux et à l’entreprise de valider une nouvelle expertise en photonique.

Quel accompagnement de la part de la SATT Ouest Valorisation ? 

« La SATT Ouest Valorisation nous a permis de définir les termes juridiques du contrat avec Syrlinks notamment en matière de propriété intellectuelle et de financement. »

Découvrir tous les lauréats des Trophées Valorisationdu Campus d'innovation de Rennes 2022