Prix Énergies, chimie, matériaux et structures innovantsJean-Benoît Le Cam

Un « labo commun » pour épauler l’industrie automobile  


Depuis presque dix ans, le site de la Barre Thomas collabore avec l’Institut de Physique de Rennes. En 2021, un nouveau laboratoire commun voit le jour pour une durée de cinq ans avec le groupe équipementier automobile Continental. Objectif pour les chercheurs industriels et académiques : réduire le poids des élastomères automobiles et trouver les matériaux qui équiperont les voitures électriques de demain.

Le moteur n’est pas la seule différence entre une voiture électrique et une voiture thermique. « Ce ne sont pas les mêmes contraintes qui sont appliquées aux matériaux », explique Jean-Benoît Le Cam, professeur des universités à l’Université de Rennes 1 et directeur du laboratoire commun. « Un moteur électrique vibre différemment et génère moins de chaleur qu’un moteur thermique. Avec ces contraintes différentes, il faut des matériaux aux propriétés mécaniques différentes. Tous les caoutchoucs qui relient le moteur au reste du châssis sont concernés. Par ailleurs, il faut qu’ils soient le plus léger possible tout en étant résistant.

Pour inventer ces matériaux, il s’agit à la fois de rechercher la bonne composition chimique et le bon procédé de fabrication. Et pour cela, il faut allier recherche fondamentale et recherche appliquée, forces académiques et industrielles, pour transformer les découvertes en objets. C’est là que le labo commun intervient. »

Ce laboratoire commun nommé « ELAST-D3 » pour Elastomer – Development for Dynamics and Durability réunit aujourd’hui l’Institut de Physique de Rennes (IPR) et le groupe Continental. « Les équipes du site de la Barre Thomas et de l’IPR travaillent ensemble depuis une dizaine d’années », rappelle Jean-Benoît Le Cam. « Le site industriel accueillait déjà des stagiaires de l’université à mon arrivée à l’Université de Rennes 1 en 2011. J’avais alors monté une activité de recherche sur les matériaux élastomères, ce qui a intéressé l’entreprise. Dès 2013, une première thèse Cifre était lancée. » Une chaire d’entreprise à la Fondation Rennes 1, la première en France sur le sujet, a suivi de 2015 à 2020, associée à un premier laboratoire commun sur la même période. Lors du passage sous pavillon Continental, l’entreprise a souhaité poursuivre sa collaboration avec l’IPR en créant un nouveau laboratoire commun en 2021. » Deux thèses Cifre sont en cours au sein du laboratoire. L’une sur la durabilité d’un élastomère en fonction de sa composition, et l’autre sur la prédiction de la durée de vie des futures pièces.

Crédits photos : Alexis Chézière

Choisir un laboratoire commun comme outil de recherche partenariale permet de soutenir des axes de recherche sur des temps plus longs qu’une thèse. Cela permet de mener des travaux plus exploratoires. « Le labo dure cinq ans. Il structure notre recherche partenariale. Il nous donne une meilleure visibilité pour mieux nous positionner sur des appels à projets. Ce sont des conditions idéales pour permettre l’innovation de rupture. »

Conjuguant les forces des mondes industriel et académique, le laboratoire commun répond aux besoins de la R&D de Continental mais aussi aux aspirations de travaux de recherche plus fondamentaux des enseignants-chercheurs de l’IPR. « Les deux mondes sont loin d’être antinomiques », explique Jean-Benoît Le Cam, convaincu de longue date. Le chercheur a en effet commencé sa carrière dans l’industrie avec un DUT en poche. « J’ai repris mes études car le processus industriel de R&D s’arrête lorsqu’un produit devient commercialisable. Mais cela peut ouvrir sur de nouvelles questions, de nouveaux désirs de compréhension. » Avec le laboratoire commun, Jean Benoît Le Cam a trouvé sa place. Il ne s’agit pas de relier deux mondes mais de les conjuguer.

Quel accompagnement de la part de la SATT Ouest Valorisation ?

« La SATT Ouest Valorisation est essentielle dans nos relations de recherche partenariale. Elle nous accompagne dans l’élaboration des contrats avec les industriels, qu’il s’agisse des accords-cadres de laboratoire commun, des contrats de recherche de manière plus générale ou bien encore de thèses Cifre. Elle nous apporte aussi des conseils quand une situation ou une opportunité se présente afin de fixer un cadre juridique à une nouvelle collaboration. »

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