Promouvoir l'archéologie du crabe

Ce sont de minuscules fragments qui parsèment les dépotoirs coquilliers du littoral, abandonnés par les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique : les restes de crabe passent trop souvent à travers le tamis des études archéologiques. Ils recèlent pourtant un potentiel informatif très important, révélé par le tamisage à maille fine défendu par des archéologues rennais et nantais. Publication dans Open Archaeology (12 sept. 2022).
Comparaison entre un crabe moderne (A et C) et un fragment de mandibule archéologique (B) - Image C. Dupont

Les amas coquilliers sont emblématiques des chasseurs-cueilleurs des côtes atlantiques européennes du Mésolithique. Parmi leurs composants, Catherine Dupont et Yves Gruet mettent en évidence dans la revue Open Archaeology la présence d’un animal qui passe souvent inaperçu : le crabe. De ces crustacés à carapace, il ne reste souvent que les extrémités de pinces fragmentées. Devant cette fatalité, l’équipe du CReAAH a fait le pari d’appliquer, dès la fouille, un protocole basé sur le tamisage à maille fine qui permet de les faire revivre.

Pourquoi les populations du Mésolithique, qui ont pourtant vécu il y a plus de 7 000 ans sur les côtes atlantiques européennes, mangent-elles du crabe depuis 15 ans seulement ? Cette question volontairement provocatrice reflète l'état de la recherche en archéologie. Si ces vestiges sont restés invisibles des archéologues pendant plusieurs siècles, c’est parce qu’ils ne les voyaient pas, ne les cherchaient pas, et négligeaient leur potentiel informatif. Ce premier constat découle du dépouillement de la bibliographie d’une centaine d’articles dédiée aux amas coquilliers. Ces derniers sont des dépotoirs qui vont concentrer, tels des conglomérats, les déchets d’activités de leur quotidien. Ils s’avèrent riches en coquilles d’origine marine d’où leur appellation.

[Lire la suite sur le site de l'Institut national écologie et environnement du CNRS]

Référence

Why Mesolithic Populations Started Eating Crabs on the European Atlantic Façade Only Over the Past 15 Years?
Catherine Dupont, Yves Gruet
Open Archaeology, vol. 8, no. 1, 2022, pp. 670-695 | doi: 10.1515/opar-2022-0255