Membres IUF 2022 : Isabelle Cantat, Éric Collet, Florian Naudet et Walter Rudametkin

Devenir membre du prestigieux Institut universitaire de France offre à l'enseignant·e-chercheur·e distingué·e une décharge d'enseignement (sauf cas particulier) ainsi qu'une dotation budgétaire pour lui permettre d'intensifier sa recherche. Les quatre lauréats 2022 de l'Université de Rennes 1 témoignent.
Florian Naudet, Isabelle Cantat, Eric Collet et Walter Rudametkin

Walter Rudametkin, membre junior de l'Institut universitaire de France

Walter Rudametkin a rejoint l'Université de Rennes 1 le 1er octobre. Enseignant à l'ESIR, il mène ses recherches à l'IRISA, un laboratoire qu'il connait bien pour y avoir effectué un postdoctorat au sein de l'équipe DiverSE conjointe au Centre Inria de l'Université de Rennes. Tout juste titulaire d'une HDR et recruté comme professeur à l'université, il est nommé membre junior de l'Institut universitaire de France.
Spécialisé dans l’étude et la lutte contre le pistage sur Internet, Walter Rudametkin gère depuis 2014 le site Am I Unique, qui détaille notre empreinte et nous informe si elle est unique par rapport aux visiteurs précédents.

Mes recherches sont liées à la sécurité et la vie privée sur Internet, et je suis expert d'une technique connue sous le nom de browser fingerprinting. Cette technique consiste à caractériser très précisément un appareil et construire un identifiant unique et stable à travers le temps, permettant de vérifier ou de traquer l’utilisateur et ouvrant de sérieux risques pour la vie privée.
Pour améliorer la sécurité, je propose d’intégrer le browser fingerprinting dans les systèmes d'authentification multi-facteurs et d’en explorer les risques liés à la vie privée. Enfin, je propose une approche automatisée de vérification des propriétés de la vie privée pour le développement des technologies Web.
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Les lauréats IUF 2022 de l'Université de Rennes 1 lors de la cérémonie d'installation Isabelle Cantat, représentée par Xavier Castel, VP innovation, Florian Naudet, Xavier Collet et Walter Rudametkin aux côtés d'Olivier Houdé, administrateur de l'IUF lors de la cérémonie d'installation de la 32e promotion de l'IUF le 17 octobre 2022 © IUF - Xavier Rossi

Isabelle Cantat, Éric Collet et Florian Naudet sont membres sénior. Pourquoi ont-ils candidaté à l'IUF ?

Isabelle Cantat :
Être membre de l'IUF offre d'excellentes conditions de travail pour les enseignants-chercheurs, que je rêverais de voir proposer à chacun d'entre nous. J'ai candidaté cette année parce que j'ai estimé que c'était le meilleur moment pour moi de tenter ma chance : des résultats récents sur les écoulements dans les films de savon ont permis d'ouvrir des pistes de recherche sur l'évolution des mousses liquides jusqu'à leur déstabilisation, et leur comportement en écoulement.
Un réseau de collaborations sur ce thème s'est constitué, en particulier avec des chercheurs de Paris Saclay, et de Nice. Mon projet de recherche se place dans la continuité de ce travail d'équipe.

Éric Collet :
L'IUF accorde des moyens supplémentaires aux lauréats permettant de développer une recherche de haut niveau, de s'impliquer davantage dans la formation des jeunes chercheurs et plus généralement la diffusion des savoirs.
Les recherches que je développe actuellement en science des matériaux portent sur le contrôle des propriétés physiques des matériaux avec la lumière. Avec mes collègues, nous cherchons à comprendre comment un matériau devient magnétique ou passe d'isolant à conducteur quand il est exposé à la lumière. Mes recherches sont associées à différentes activités internationales, en particulier avec la mise en place d'un laboratoire international de recherche (IRL) associant le CNRS, l'université de Tokyo au Japon et l'Université de Rennes 1, ou encore l'utilisation de très grandes infrastructures de recherche (TGIR) comme les synchrotrons ou les lasers à Rayons X (X-FEL). Je travaille à l'interface de la physique, de la chimie, de la science des matériaux et de la cristallographie.

Florian Naudet :
Une nomination IUF permet en principe de disposer de plus de temps et de moyens à consacrer à sa recherche. En ce qui me concerne le temps libéré sera moindre qu'espéré, car je suis enseignant hospitalo-universitaire et cette décharge ne m'est pas applicable directement.
Cela dit les autres avantages de cette nomination m'aideront développer mes recherches sur la reproductibilité, le data sharing et l'intégrité scientifique. Je souhaite poursuivre l'ensemble des travaux débutés dans le cadre du projet REITHER (reproductibilité dans la recherche thérapeutique).

Que leur offre cette nomination de membre senior ?

Isabelle Cantat :
Cette nomination m'offre avant tout du temps. Elle va me permettre par exemple de séjourner quelques mois à Cambridge (Royaume-Uni) dans l'année qui vient, une liberté que l'on ne peut pas prendre sans une charge d'enseignement réduite. Un point important est également la visibilité accrue que la qualité de membre IUF donne à l'activité de recherche que nous développons. Cela joue un rôle important pour convaincre de jeunes chercheurs de venir travailler avec nous en thèse, post-doctorat, ou comme chercheur permanent. De façon plus personnelle, je vis aussi cette nomination comme un encouragement à poursuivre mes recherches, avec un enthousiasme nourri de la beauté des écoulements hydrodynamiques mais aussi de la reconnaissance des autres chercheurs.

Éric Collet :
La nomination à l'IUF est une distinction qui met en avant les activités de recherche des lauréats. La chaire IUF de recherche fondamentale dont je bénéficie est aussi associée à une réduction des services d'enseignement ainsi qu'à des crédits scientifiques de 75 000 € pour les 5 ans de la nomination. J'ai pu bénéficier de soutiens analogues entre 2008 et 2013 lors de ma nomination en tant que membre IUF junior. Les moyens alloués avaient alors permis de donner une envergure plus importante à nos projets, d'obtenir des financements complémentaires via l'Agence nationale de la recherche et de renforcer nos collaborations internationales. Cette nomination comme membre senior est une belle opportunité de développer de nouveaux projets ambitieux.

Florian Naudet :
Je pense que cette nomination offre d'abord de la reconnaissance à ma thématique, la méta-recherche, qui est encore peu connue. En ce sens, ma nomination à l'IUF sur une chaire fondamentale est importante pour la discipline : elle reconnaît à la méta-recherche le caractère de science fondamentale. En quelque sorte, c'est reconnaître que la méta-recherche est plus qu'une simple réflexion sur la pratique développée par des chercheurs isolés, et qu'elle est une discipline scientifique nouvelle, reconnue sur le plan académique. Cette discipline est aussi ambitieuse : elle ne vise à rien moins qu'à mieux comprendre l'activité de recherche elle-même pour proposer des solutions permettant de l'optimiser.
Ma nomination intervient d'ailleurs en même temps que celle de Guillaume Cabanac de l'Université Toulouse III-Paul Sabatier qui lui aussi a développé une activité de méta-recherche. J'espère aussi que cela me permettra de mieux faire connaître les facettes de la discipline, particulièrement auprès du grand public. J'espère pouvoir communiquer le plus largement possible autour des notions de science ouverte, de reproductibilité, d'intégrité de la recherche.
Je vais disposer de financements de l'IUF fléchés sur mon activité de recherche et cela me permettra de développer des projets autour de la reproductibilité de la recherche thérapeutique et du partage de données issues d'essais cliniques.
Je suis par ailleurs impliqué dans le projet européen OSIRIS qui va débuter au mois de janvier et qui vise à maximiser le caractère reproductible de nos recherches.

À quelles activités vont-ils consacrer leur décharge d'enseignement ?

Isabelle Cantat :
Le métier d'enseignant-chercheur est multiple, le temps est une valeur précieuse et les choses à faire ne manquent pas !
J'ai travaillé depuis quelque années sur un sujet très précis, les films de savon, qui sont au cœur de mon projet de recherche. J'aimerais profiter du temps offert par l'IUF pour faire évoluer cette thématique vers des sujets de recherche un peu différents, les plus pertinents possibles pour contribuer aux défis scientifiques actuels, et qui mettraient à profit les compétences et savoir-faire acquis lors des projets précédents.
Au delà de mon activité de recherche propre, qui est au cœur de mon projet IUF, une part croissante de mon temps est consacrée à l'expertise et l'évaluation, ainsi qu'à l'animation d'un groupe de recherche, avec une forte composante administrative et organisationnelle. Enseigner moins, c'est avoir plus de temps pour ces autres missions collectives.

Éric Collet :
Les expériences sur synchrotrons ou X-FEL et les missions à l'étranger nécessitent de pouvoir libérer du temps, car elles s'étendent sur des périodes d'une à trois semaines durant lesquelles il faut se focaliser sur les objectifs. Ainsi, cet été nous sommes allés deux semaines à Stanford en Californie pour réaliser une expérience au X-FEL LCLS dans le cadre de nos travaux avec l'Université de Tokyo.

Pendant une mission au X-FEL LCLS à Stanford (Californie) © E. Collet

Le temps libéré va aussi me permettre de renforcer l'encadrement de jeunes chercheurs doctorants et post-doctorants de l'équipe, mais aussi de ceux de partenaires étrangers venant se former dans notre laboratoire, ou y développer de nouveaux projets. Cette décharge va aussi faciliter les séjours au Japon pour renforcer nos projets de recherche.

Florian Naudet :
Je suis enseignant hospitalo-universitaire, et à ma grande déception, j'ai appris que le dispositif de décharge d'enseignement ne m'était pas applicable directement. Par contre j'aime enseigner, et je vais me servir de cette nomination pour recentrer mon activité d'enseignement sur les sujets qui me sont le plus adaptés.
Le peu de temps que je vais économiser me servira néanmoins à développer un projet européen autour de la notion des registered reports. Les registered reports sont un nouveau moyen de faire et de publier la recherche, en mettant l'accent sur l'importance du raisonnement hypothético-déductif et la conduite intègre de la recherche.

... et la dotation budgétaire associée ?

Isabelle Cantat :
La dotation est parfaitement adaptée au fonctionnement de nos expériences dans le domaine de la matière molle et permet d'acheter le matériel nécessaire. Nous fabriquons la plupart de nos dispositifs expérimentaux destinés à déformer et à observer des interfaces liquides. Les montants alloués vont me permettre d'acheter des pièces optiques, mécaniques, électroniques. Ils vont également permettre d'animer un séminaire, d'envoyer des étudiants en conférence internationale, d'organiser des workshops...
Le temps gagné est également le temps que je ne passerai pas à répondre à des appels d'offre pour obtenir les financements nécessaires.

Éric Collet :
Les missions à l'étranger et sur les très grandes infrastructures de recherche (TGIR) représentent un coût important. Ce financement complémentaire va aussi bénéficier aux jeunes chercheurs de l'équipe en leur permettant de prendre part à ces expériences sur TGIR ainsi qu'à des conférences internationales pour y présenter nos résultats. La dotation financière contribue aussi aux coûts de fonctionnement des équipements que nous utilisons à l'Institut de physique de Rennes, comme les lasers femtoseconde et les expériences de diffraction des rayons X pour les expériences de cristallographie sous irradiation laser.

Florian Naudet :
Cette dotation me servira à un projet particulier, qui portera sur le partage des données issues de la recherche clinique. Idéalement ce partage des données permet de maximiser la valeur des données issues de la recherche clinique en permettant des ré-analyses, des analyses secondaires et des méta-analyses. À ce titre, la pratique de partage des données est un enjeu majeur de la recherche thérapeutique. Le projet proposé vise à évaluer et à démontrer que ce partage des données a un impact positif.