Membre IUF 2023 : Philippe Steer

Nommé membre IUF en 2023, le géologue rennais Philippe Steer va pouvoir consacrer le temps nécessaire à ses différentes ambitions dont la création du Tiers Lieu GeoFabLab et l'avancée de son projet de recherche. Ce dernier vise à comprendre et à simuler le rôle des événements extrêmes sur la dynamique des paysages.
Philippe Steer | Crédit photo : Frédéric Obé

Le parcours d'un géologue rennais et membre junior de l'IUF

Enseignant-chercheur à Géosciences Rennes et à l’OSUR depuis 2012, Philippe Steer travaille principalement sur la modélisation et l’observation des interactions entre le climat, la tectonique et les processus de surface. Il est responsable de l'équipe « Défis de Modélisation » [Démo(dé)],  du Cycle Pluridisicplinaire d’Etudes Supérieures Sciences, Environnement et Société (CPES SEnS) et Vice-Président du comité ANR Terre solide et enveloppes fluides. Il est également porteur du projet de Tiers Lieu GeoFabLab visant à créer un espace ouvert et d’échanges entre personnels académiques et grand public, autour de plusieurs thématiques comme la réalité virtuelle. Il dirige notamment le projet ERC FEASIBLe, financé par le Conseil européen de la recherche et hébergé par l'Université de Rennes sur la période 2019-2025. Ce projet vise à développer un nouveau modèle d'évolution du paysage pour comprendre comment les événements extrêmes vont construire ou détruire les paysages des chaînes de montagnes à court (< 100 ans) et long terme (> 1000 ans).

Professeur à l'Université de Rennes, il est nommé membre junior de l'Institut universitaire de France en 2023 et témoigne.

À votre avis, quels éléments ont-ils motivé votre sélection par l'IUF de la manière la plus déterminante ?

La mission première de l’IUF est de favoriser l’émergence de recherches de haut niveau au sein des universités françaises. A ce titre, il est probable que les points forts de ma candidature étaient mon implication actuelle et passée dans des projets de recherche (ERC, ANR) d’envergure, une dynamique de recherche compatible avec les exigences de l’IUF, et un projet de recherche qui, je l’espère, a été considéré comme innovant.

À quelles activités allez-vous consacrer votre décharge d'enseignement ?

Cette décharge d’enseignement va me permettre de me consacrer à l’encadrement et la formation de jeunes chercheurs, à la mise en place de projets pédagogiques pour la diffusion des savoirs (comme le nouveau CPES Sciences, Environnement, Sociétés), au développement d’un tiers lieux à l’interface entre recherche et enseignement au sein de l’Université (le GeoFablab qui ouvrira fin 2023), et … surtout à mon projet de recherche. Celui-ci vise à comprendre et à simuler le rôle des évènements extrêmes (séismes, crues, tempêtes) sur la dynamique des paysages et sur les risques naturels associés.

Que vous permettront de financer les crédits de recherche associés à votre nomination ?

C’est une excellente question ! A moyen terme, ces crédits serviront à co-financer un post-doctorant qui travaillera sur un modèle de risques, afin de transcrire les résultats des simulations numériques, représentant l’évolution d’un paysage lors de crues et de séismes, en termes d’enjeux socioéconomiques. Cela permettra de compléter les travaux actuels que nous menons dans le cadre du projet ERC FEASIBLe sur la modélisation des paysages soumis à des évènements extrêmes. Avec mes collaborateurs et ces différents projets, nous sommes focalisés sur une recherche et des développements au long cours, et pouvoir bénéficier de l’appui de l’IUF représente un réel encouragement dans cette direction.

Quels sont les avantages à long terme d'être membre de l'IUF ?

Le premier avantage, qui est une vraie et rare chance, est celui de pouvoir se consacrer à la recherche pendant 5 ans, et de pouvoir le faire dans de bonnes conditions. C’est fondamental, car pour une grande majorité d’enseignants-chercheurs, la recherche représente la raison – et souvent la passion - qui nous a poussée à choisir ce métier. En outre, cette période consacrée à la recherche favorisera le développement des équipes de géomorphologie et de modélisation numérique au sein de Géosciences Rennes, en attirant de jeunes collègues brillants. Intégrer l’IUF me permettra aussi de rencontrer d’autres collègues de l’IUF et qui sait, peut-être de développer avec eux des nouvelles idées de recherche. Enfin, le dernier avantage est la reconnaissance scientifique associée à la nomination à l’IUF, qui est toujours une bonne chose à prendre !

Qu'est-ce que le projet ERC FEASIBLe ?

Les séismes et les tempêtes déclenchent de nombreux glissements de terrain et donnent naissance à de fortes perturbations des paysages dans les zones de fort relief. A l'échelle de temps humaine (< 100 ans), ces perturbations altèrent voire dominent les taux d'érosion des chaînes de montagnes, et génèrent des cascades d’aléas. Cependant, aux échelles de temps géologiques (> 1000 ans), l'impact de ces perturbations sur la formation et la dynamique des reliefs reste énigmatique. L’objectif de mes recherches est donc de mieux caractériser et quantifier l’impact individuel de ces perturbations, et de modéliser leur impact cumulé dans le temps. Cette recherche est soutenue par le développement de modèles numériques innovants et l'analyse de données topographiques à haute résolution.

Quelques références de Philippe Steer

Assessing modern river sediment discharge to the ocean using satellite gravimetry
Mouyen, M., Longuevergne, L., Steer, P., Crave, A., Lemoine, J. M., Save, H., et Robin, C. (2018)
Nature communications, 9(1), 3384, doi: 10.1038/s41467-018-05921-y

Rapid post-seismic landslide evacuation boosted by dynamic river width
Croissant, T., Lague, D., Steer, P., et Davy, P. (2017)
Nature Geoscience, 10(9), 680-684, doi: 10.1038/ngeo3005

Erosion influences the seismicity of active thrust faults
Steer, P., Simoes, M., Cattin, R., et Shyu, J. B. H. (2014)
Nature communications, 5(1), 5564, doi: 10.1038/ncomms6564

Viscous roots of active seismogenic faults revealed by geologic slip rate variations
Cowie, P. A., Scholz, C. H., Roberts, G. P., Faure Walker, J. P., et Steer, P. (2013)
Nature Geoscience, 6(12), 1036-1040, doi: 10.1038/ngeo1991

Bimodal Plio–Quaternary glacial erosion of fjords and low-relief surfaces in Scandinavia
Steer, P., Huismans, R. S., Valla, P. G., Gac, S., et Herman, F. (2012)
Nature Geoscience, 5(9), 635-639, doi: 10.1038/ngeo1549

Documentaire «Cataclysmes, les grands régulateurs »