Delphine Leclerc, prix 2022 L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science

Delphine Leclerc doctorante au sein de L’équipe Oncogenesis Stress Signaling (Inserm/Université de Rennes 1), figure parmi les 35 "jeunes talents" lauréates du prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. Récompensée pour ses travaux en biologie moléculaire, elle nous présente son parcours et ses travaux.
Delphine Leclerc @FWIS

Pouvez-vous nous éclairer sur votre parcours ?

Dès mon plus jeune âge, mes parents m’emmenaient au Palais de la Découverte à Paris. Les expériences scientifiques présentées devant mes yeux m’épataient : je voulais comprendre comment les chercheurs s’y prenaient et d’une manière plus générale comment le monde fonctionnait. Enfant, j’ai beaucoup été stimulée par mes parents (jeux de logique, de stratégie, mathématiques). J'ai choisi naturellement de poursuivre des études scientifiques.

Après l'obtention d'un baccalauréat Scientifique, j'ai préparé le DUT en Génie Biologique à l’Université de Caen Normandie. J'ai ensuite rejoint l'Université de Rennes 1 en licence de biologie, avant d'intégrer Master Biologie Moléculaire et Cellulaire.

Je suis actuellement en 3e année de thèse au sein du laboratoire Oncogenesis Stress Signaling (INSERM/Université de Rennes 1) à Rennes.

Sur quelle thématique portent vos recherches ?

Je réalise de la chirurgie de l’ADN in-vitro, à l’aide de la technologie CRISPR-Cas9. L’édition du génome (gene editing) est un domaine en pleine expansion. En recherche médicale, les outils d’édition du génome permettent notamment de corriger certains variants génétiques délétères, responsables de maladies rares. En tant que spécialiste en biologie cellulaire et génétique, mon rôle est de concevoir et mesurer l’efficacité de ce nouveau type de traitements sur des cellules de patients, in-vitro. Je travaille actuellement sur les cellules d’un patient atteint d’une maladie neurodégénérative appelée la gangliosidose. L’ARN guide que j’ai conçu permet de reverser avec efficacité un variant génétique pathogène associé à cette maladie.

Actuellement, plusieurs essais cliniques utilisant la technologie CRISPR-Cas9 ont démarré aux Etats-Unis (ex : traitement de la drépanocytose). Malgré un recul encore fragile sur les résultats, les premiers essais chez les patients démontrent une efficacité sans précédent.

Que représente pour vous le prix Jeune Talents France décerné par L’Oréal Unesco ?

Cette année, je suis la plus jeune Lauréate du prix Jeune Talent France décerné par l’Oréal Unesco (j’ai 25 ans). J’en éprouve une grande fierté et j'en retire un grand encouragement. Cela valorise non seulement mes travaux de recherche mais également ma carrière. J’ai pu bénéficier grâce à ce prix d’une semaine de formation au leadership à Paris et d’une bourse de 15 000 euros. J’envisage, avec cette bourse, de présenter mes résultats dans des congrès internationaux, notamment aux États-Unis (leaders de l’édition du génome). Par la même occasion, j’en profiterai pour visiter certains laboratoires spécialistes du domaine afin de choisir au mieux le lieu où j’effectuerai mon post-doctorat.

Comment pousser les filles à entreprendre des études scientifiques ?

La science est une discipline très créative. Chaque personne, homme ou femme, a le pouvoir d’y apporter une créativité unique. La qualité et l’innovation scientifique sont assurées par la diversité des profils, c’est pourquoi les femmes devraient avoir autant de chance d’accéder aux études scientifiques que les hommes. En tant que lauréate du programme Jeune Talents France l’Oréal Unesco pour les femmes et la science, je m’engage à intervenir dans différentes classes (primaire, collège, lycée) afin de présenter mon parcours aux jeunes filles et leur partager ma passion. J’espère inspirer les jeunes filles et les pousser à suivre leurs envies profondes, sans auto-censure.