Comment l'Université de Rennes s'empare des intelligences artificielles génératives

Avec la mise à disposition de solutions auprès du grand public, l’arrivée des outils d’intelligence artificielle (IA) de type génératif est effective et démocratisée depuis la fin de l’automne 2022. L'Université de Rennes a choisi de s'emparer et d'accompagner l'ensemble de sa communauté dans le développement et l'appropriation de ces technologies.
Entretien avec Olivier Wong Hee Kam, vice-président en charge du numérique.
personne face à un ordinateur

A l'heure où des universités américaines commencent à déployer des outils d'IA générative, comment se positionne l'Université de Rennes face à ces solutions ? 

Portrait d'Olivier Wong Hee Kam © Frédéric Obé

Olivier Wong Hee Kam :

Bien que moins médiatisée que nos collègues américains, l'Université de Rennes est active et engagée en formation et en recherche sur le sujet de l’intelligence artificielle (IA) en général. Par exemple l’Université a récemment lancé un projet multi-établissements nommé TIARe, Toute l'intelligence artificielle à Rennes, pour la formation et sensibilisation des étudiants, et qui a été retenu lors de l’appel à projets “Compétences et Métiers d’Avenir” de France 2030. 

L'université va donc initier ses étudiants à l'IA.... Concrètement, quelles formations sont mises en place ? 

OWHK : Nous avons déjà des formations en IA sur le site rennais, surtout en mathématiques et en numérique aux niveaux master ou au sein des écoles d’ingénieur·es. TIARe vise à renforcer et de massifier l’existant, en augmentant les compétences en IA de tous les étudiants rennais et en formant des spécialistes pour l'industrie du futur.
Je rappelle quelques objectifs du projet : 

  • Préparer les étudiants aux parcours master et ingénieurs IA via des parcours spécifiques en licence et BUT et une mineure d’introduction à l’IA 
  • Ouvrir un master IA en alternance à la rentrée 2024, et proposer des modules sur l’IA dans différents masters 
  • Développer l'offre de formation continue pour les professionnel·les (salarié·es, personnes en reconversion, milieu académique...) 
  • Assurer la visibilité et l’attractivité de l'offre en créant un portail de formation et un Datalab (plateforme avec des jeux de données) 

Et côté Recherche, comment se positionne l'Université de Rennes sur ces questions ? 

OWHK : L'Université de Rennes est depuis longtemps engagée dans une trajectoire de recherche sur le numérique, avec le soutien des organismes nationaux, notamment INRIA et le CNRS, et structurée avec des unités de recherche de pointe sur le sujet telles que l’Irisa.
Nous avons vu une opportunité d’accélérer cette trajectoire sur l’IA avec l’appel à manifestation d’intérêt “IA Cluster” de France 2030, qui vise à créer des pôles de recherche et de formation de rang mondial en IA.
Nous avons proposé un projet nommé SequoIA - Securité, Confiance, IA - avec nos partenaires institutionnels et industriels au niveau régional. Le projet se concentre sur les fondements de l’IA et sur ses applications à la cybersécurité et à la défense, à l'environnement et à l'océan. Il est pensé en complémentarité avec TIARe et permettra de développer notre visibilité européenne et internationale.
Je croise les doigts dans l’attente d’un retour du jury que j’espère favorable ! 

Quelles sont les perspectives au niveau de l’établissement au niveau des activités de ses personnels, et en particulier sur l’enseignement ? Quelle part fait par exemple le projet AIR à cette technologie ? 

OWHK : Au niveau de l’établissement, on cherche à appréhender ce que les outils peuvent offrir – en particulier ceux d’IA générative - tout en mesurant les risques et impacts : environnementaux, éthiques, techniques, juridiques, sur l’acceptabilité, la conduite du changement, la maitrise des données, la souveraineté, etc.
Pour ce faire, nous nous appuyons sur le travail d'analyse conduit par les services de l’université (DSI, RSSI, DAJI). Une note de cadrage est en préparation sur l’utilisation des outils d’IA afin de maitriser les risques de sécurité et de respecter les exigences réglementaires sachant que des précisions sont attendues via lIA Act européen

C'est dans ce cadre de réflexion que nous lançons une expérimentation sur des solutions d’IA autour de cas d’usages à définir.
Attention ! J’insiste sur le fait que cette expérimentation est une exception qui s'inscrit dans le cadrage à venir, et donc à ce titre elle sera encadrée et suivie. Le projet AIR DemoES sera en soutien de la démarche, notamment financier, sur deux volets autour des outils d’IA : 

  • d’une part sur les usages pédagogiques, l’aide aux enseignants, avec le soutien du Suptice et de la DSI ; 
  • d’autre part sur l’assistance aux usagers, usagères et personnels, dans le cadre du projet “Portail de service”, avec le soutien de la mission Modernisation de l'organisation et de la DSI. 

Nous communiquerons prochainement sur cette expérimentation, avec une première étape pour solliciter des volontaires au sein l'ensemble du personnel et aussi parmi les étudiants.
L’objectif à l’issue de la période d’expérimentation est d'aboutir à un cadrage pour l’université en ayant évalué la pertinence et la pérennité des solutions, tout en partageant au niveau national via le réseau des Démonstrateurs numériques dans l'enseignement supérieur.